Le collège Lafayette : Un établissement héritier de quatre siècles d’histoire

Période royale de Henri IV à Louis XVI (1588-1792)

Avant la fondation du Collège des Jésuites, l’instruction est négligée dans toute la région. Dès la moitié du XVIe siècle, l’Université Saint-Mayol, au pied de la cathédrale, perd de son influence. En 1570, les consuls du Puy et l’évêque Antoine de Sennectaire s’adressent aux Jésuites – ordre religieux fondé en 1540 – pour l’ouverture d’un collège afin de dispenser un enseignement satisfaisant et lutter contre la propagation des idées et croyances protestantes.

Dans ses « mémoires », Jean Burel note l’ouverture du collège en 1588, dans l’île Chambon, délimitée par les rues du Bessat, de la Sabbaterie, des Sept-Epées (ou rue Fava-Frèze »), de la Chaussade. A la fin de l’année, il comprend cinq cent élèves  sans compter un certain nombre d’enfants pauvres – boursiers des consuls. La vogue de l’établissement est telle que les jésuites agrandissent les bâtiments au début du XVIIe siècle, après expropriation d’une douzaine de maisons et jardins, décidée par les consuls, et front construire la chapelle, sous la direction du frère et architecte jésuite Etienne Martellange.



Une vue d'une partie du collège le 27 février 1617 (par Etienne Martellange)



Vue du bâtiment de l'église dite aujourd'hui "Eglise du Collège", le 28 février 1617 (par Etienne Martellange)


Le collège connaît une période de prospérité au XVIIe et au cours du XVIIIe, qui s’explique par le crédit de la Compagnie de Jésus, la variété de son enseignement et la recherche de manifestations extérieures : processions, défilés et divertissements scéniques donnés par les élèves au public à certains jours de l’année. Il comprend 1200 élèves en 1712. Toutefois, au cœur du XVIIIe, un mouvement général de protestations s’élève contre le système éducatif et atteint les collèges des jésuites. Mais c’est pour des raisons politiques que l’Ordre des Jésuites est supprimé en 1762 et leurs collèges fermés. Le Collège du Puy prend peu après le nom de collège royal avec un effectif moindre et un personnel ecclésiastique séculier. La meilleure période se situe sous l’épiscopat de Mgr de Galard de Terraube qui instaure l’internat dans l’établissement. Ce dernier va survivre jusqu’en 1792.

La période révolutionnaire et napoléonienne (1792-1815)

Le collège va subir le contrecoup des évènements. De 1792 à 1798, la ville du Puy est quasiment dépourvue d’enseignement secondaire. Les locaux du collège sont occupés par les magasins militaires et le tribunal civil jusqu’en 1798, date à laquelle l’établissement reprend ses fonctions d’enseignement sous le nom d’Ecole Centrale, avec un personnel constitutionnel et un effectif réduit – 115 élèves. La même année, la chapelle devient Temple de la Paix et, 1802, église paroissiale. En 1804, Napoléon Ier supprime l’Ecole Centrale réputée trop scientifique. Il faut attendre 1808 pour que les bâtiments retrouvent leur vocation scolaire, en partie seulement (certains rez-de-chaussée servant d’arsenal militaire) sous la dénomination d’Ecole secondaire communale avec un personnel laïc, un régime intérieur sévère et une discipline militaire.


Une pierre de la Bastille, témoignage révolutionnaire fiché dans le mur d'une salle de classe

De la Restauration à la fin du Second Empire (1815-1870)

Sous le règne de Louis XVIII et Charles X, le collège communal subsiste avec une remontée des effectifs et un personnel à nouveau ecclésiastique. Ce n’est que sous Louis-Philippe en 1830, que l’établissement retrouve sa dénomination de Collège Royal, un personnel laïc et un enseignement qui se dégage des tendances religieuses. En 1840 y sont créés un cours industriel et un cours de mathématiques spéciales préparatoires à l’Ecole Polytechnique.

Accès rue St François Régis, témoignage de la période du Second Empire

La révolution républicaine de 1848 substitue au Collège Royal, un Lycée National qui en 1853 prend le titre de Lycée Impérial, inscription en lettres dorées que l’on peut déchiffrer sous le fronton de l’entrée rue Saint François-Régis. On note peu de changement dans l’organisation intérieure de l’établissement, sinon une diminution du recrutement par suite du vote de la loi Falloux en 1851 et la création au Puy d’une école industrielle.
 

De la Troisième République à nos jours) (1870 - …)

Peu après la proclamation de la IIIe République en 1870, le Lycée Impérial devient le Lycée de garçons du Puy. En 1878 à la demande du proviseur et de la ville, est décidé l’agrandissement, côté rue Général Lafayette nouvellement percée ; il se fait d’après les plans d’Antoine Martin architecte de la ville. Désormais l’ensemble forme un quadrilatère de plus de sept mille mètres carrés, et les lieux connaissent différents aménagements avant et après les deux guerres mondiales. En 1925, le lycée reçoit le nom patronymique que « Charles et Adrien Dupuy » anciens élèves et hommes politiques français.


Porte sur la rue Général Lafayette, évocation de la présence du lycée C&A Dupuy de 1925 à 1975


Il continue à dispenser l’enseignement classique et moderne et abrite quatre ou cinq classes primaires. En 1953 les deux tiers des bâtiments sont proposés pour l’inscription à l’Inventaire des Monuments. En 1966, le premier cycle forme le Collège d’enseignement secondaire, tandis que le deuxième cycle demeure le lycée qui en 1975 s’installe à Roche-Arnaud pour devenir le lycée polyvalent Charles et Adrien Dupuy, dans un site et des bâtiments bien différents. En 1977, ces vieux murs deviennent le collège Mixte Lafayette ; ils ont vu passer des dizaines de milliers d’élèves dont certains se sont illustrés dans de nombreux domaines durant ces quatre siècles.

Article de Denis Michel (1988)